Urbanisme circulaire à Villeneuve-le-roi

Dans un secteur tellement contraint qu’il en fait oublier les qualités du site, et notamment la proximité avec la Seine et avec Paris, Passagers des Villes élabore avec la commune de Villeneuve-le-Roi et l’EPA Orsa une vision de la transformation urbaine du secteur, pour trouver les façons de refaire la ville sur la ville, avec la complicité de Sylvain Grisot.

Les Passagers sont de retour dans la région parisienne, sur un sujet des plus complexes. Au départ, la commune évoque une « densification ratée » pour le secteur. Intrigués, nous nous rapprochons de Sylvain Grisot – chantre de l’urbanisme circulaire – pour travailler avec lui et avec les collectivités une approche de ce que pourrait être une densification « réussie » : respectueuse des sols, du vivant et des habitants habitantes – à des prix maîtrisés. C’est donc avec un bel enthousiasme que nous démarrons cette étude urbaine dans le quartier du Val d’Ablon, un tissu urbain hétérogène entre vaste zone économique connaissant une forte circulation de transit et secteur résidentiel, soumis au Plan de Prévention du Bruit dans l’Environnement ( PEPB) du fait de sa proximité avec Orly.

La Ville et l’Epa ORSA (établissement public d’aménagement Orly Rungis Seine Amont) ont engagé une réflexion visant à construire une vision urbaine de long terme sur ce secteur de 72 hectares, en vue de déposer un dossier de « pastillage » auprès de l’Etat, c’est-dire une dérogation aux fortes restrictions de construction d’habitat imposées par le PEPB. Nous nous posons dès lors cette question légitime : pourquoi vouloir construire dans un secteur aussi contraint ?  

La réponse tient dans cet enjeu essentiel d’urbanisme circulaire : intéressons-nous aux 80% de la ville qui sont déjà constitués en premier lieu, avant de réfléchir en extension. Aujourd’hui, le quartier connaît une forme de déprise : déqualification des commerces, dégradations de l’habitat – notamment du fait de division parcellaire ou pavillonnaire « ratées » comme le décrivait le cahier des charges ( logements ou parcelles devenues trop petites et ne correspondant plus aux envies d’habiter). Pour autant, la proximité avec le grand paysage des berges de Seine, la qualité du patrimoine architectural de certaines maisons de maîtres, la structuration des équipements publics, la forte attractivité du secteur du fait de son accessibilité et la présence de grands fonciers mutables en font un lieu d’intensité urbaine possible voire souhaitable. 

L’enjeu – pour nous et pour Ingetec, notre partenaire sur la mission – est double : construire une vision urbaine de long terme pour affirmer l’intérêt à agir sur ce territoire et formuler une urbanité compatible avec les contraintes existantes, voire qui contribue à les apaiser. 

Renouer avec la nature en ville et intégrer des micro-espaces publics

La mission ayant démarré il y a peu, nous posons pour l’instant de premières intuitions, comme fondements d’une réflexion plus approfondie. Nous avons d’abord la conviction que le quartier doit construire sa nouvelle identité en s’appuyant sur la présence du fleuve : il s’agira d’identifier et valoriser les chemins de l’eau, marquer les points de vue, faire entrer le paysage de la Seine à l’intérieur du quartier.  De plus, le secteur étant en zone inondable, l’amélioration de l’espace public devra conduire à accroître sa résilience face aux crues.

Le rôle de la rue – en particulier l’avenue Le Foll axe de transit structurant – figure également parmi nos pistes de réflexion dans ce secteur quasiment dépourvu d’espaces publics, pour recréer de l’urbanité, des lieux de rencontre. Il s’agira de croiser une nouvelle approche des déplacements (avec l’appui d’Ingetec, cabinet d’ingénierie dans les domaines de la mobilité) et la programmation de micro-lieux publics, propices aux moments collectifs et aux jeux des enfants. L’apaisement des espaces de circulation par ces dilatations devra être complété par une forte végétalisation et une action de désimperméabilisation massive, éléments essentiels au confort urbain et donc à l’usage de ces espaces publics, mais aussi essentiels au besoin de renouer un lien avec le vivant et de lui refaire une place dans la ville. 

Première cartographie d’intentions : vers un faubourg vivant et apaisé (c) Passagers des Villes

Réfléchir une densité réussie et raisonnée, avec Sylvain Grisot

Totalement en phase avec le  Manifeste pour un urbanisme circulaire (2021, Editions Apogée), nous avons proposé à Sylvain Grisot de nous rejoindre en tant qu’expert sur cette mission. Dans un tissu essentiellement composé de foncier privé, il nous semblait intéressant de réfléchir avec lui aux leviers d’un développement urbain respectueux des sols et de l’existant, en formulant une stratégie opportuniste au gré des libérations foncières et au regard de la vision urbaine de long terme que nous essayons de construire. Avec lui et sur cette mission passionnante, nous nous engageons toujours un peu plus dans la construction d’une ville frugale et résiliente.