Nouveau défi : accompagner le grand Genève vers la neutralité carbone

À l’horizon 2050, le Grand Genève entend avoir atteint la neutralité carbone, soit l’équivalent d’une tonne de CO2 par habitant et par an. Pour penser l’organisation territoriale compatible avec cette ambition, il ne s’agit pas de simplement optimiser les systèmes urbains existants. Ce sont tous les leviers de l’aménagement de ce territoire transfrontalier qu’il convient de mobiliser, en veillant à proposer une vision territoriale fédératrice.

C’est à Passagers des villes, déjà partenaire du Grand Genève sur de précédentes études*, qu’il revient de relever ce défi depuis ce mois d’avril 2022. Et il est ébouriffant ! Notre mission est d’accompagner le territoire pour aboutir d’ici deux ans à une vision du futur territoire transfrontalier, partagée avec les politiques et avec les habitant(e)s. C’est sur cette nouvelle base que seront alors réécrits les documents de planification territoriale, côté Suisse (plans directeurs cantonaux ou régionaux) et côté France (schémas de cohérence territoriale, plans locaux d’urbanisme intercommunaux, etc.). 

Cette démarche va toucher de nombreux enjeux (mobilité, régénération des ressources, inclusivité), interroger les modèles actuels au-delà du seul sujet urbain (économie, politique et alimentation), et impliquer des choix structurants, sans doute radicaux, sans exclure la participation citoyenne. Ainsi, pour nous accompagner dans cette mission, nous avons fait appel aux expertises de plusieurs partenaires en assistance à maîtrise d’ouvrage (AAMO) et en études (Nova 7 pour les notions de désidérabilité / acceptabilité, Tribu pour les enjeux écologiques, Citec sur le sujet des transports et Collaborative people pour nourrir la prospective économique).

Une philosophie audacieuse de planification territoriale

Ensemble, nous partageons des convictions fortes, dont certaines bousculent les standards de notre profession. En voici les principales.

  • Conviction n°1 : se concentrer sur la transformation de l’espace urbanisé existant, plutôt que sur les espaces potentiels de nouveaux aménagements. Ce qui revient à inverser la pratique usuelle de la planification. 
  • Conviction n°2 : considérer « la campagne » comme un espace aussi important que l’espace urbanisé, et non plus comme un espace ressource, au service du développement urbain ou économique. Là aussi c’est une petite révolution dans l’approche de planification.
  • Conviction n°3 : placer la mobilité au cœur de la réflexion, en amplifiant l’armature ferroviaire pour en faire la colonne vertébrale de la future métropole compacte et durable, et en développant massivement les courtes distances autour de cette armature.

Nous testerons ces partis-pris au cours de la mission, avec un esprit d’innovation exploratoire. Rendez-vous dans deux ans pour en tirer le bilan.

Écrire la vision d’un territoire transfrontalier, un défi méthodologique

L’exercice que nous a confié le Grand Genève est éminemment complexe, en particulier parce qu’il implique d’adopter une posture d’équilibriste. Celle-ci consistera, au sein de ce sujet aussi vaste qu’est la neutralité carbone, à rester dans le champ de notre expertise — l’urbanisme — et à conduire un processus de travail, collaboratif et itératif, qui intègre une pluralité d’acteurs et les différents rythmes des études, tout en tenant compte des réalités locales et de la société civile. Cette démarche d’ « ensemblier » est une gageure.

La métropole compacte, multipolaire, transfrontalière, verte et de proximités – issue du projet d’agglomération 4 – base de la réflexion sur la vision territoriale transfrontalière

Comment mettre en œuvre la vision, et enclencher son acceptation sociale ?

Au-delà de la vision territoriale compatible avec l’objectif de neutralité carbone, nous serons attentifs à donner des clés sur le « comment faire » aux décideurs et aux porteurs de projet – et il s’agit sans doute de l’aspect le plus difficile de la mission : dépasser les bonnes intentions incantatoires pour aller vers des transformations concrètes et profondes des façons de faire et penser la ville.

La capacité à fédérer une population agissante sera sans doute l’une des clés. Nous proposons de mettre à profit les dynamiques à l’oeuvre : la transition s’amorce, les initiatives émergent, les filières s’organisent, certains sujets deviennent consensuels. Il s’agira de rechercher en priorité ces effets leviers, là où de fortes réductions d’émissions sont les plus atteignables Nous avons également l’intuition qu’il faudra commencer par montrer l’exemple aux populations au travers de projets sur des espaces pouvant muter profondément et rapidement, pour habiter les habitants et habitantes à une « transition vécue », en priorité vers des projets à destination des plus jeunes – acteurs essentiels de la transition en cours et à venir ( lieux d’enseignements, de sports, espaces ludiques ou naturels par exemple ).

Les Passagers et leurs partenaires entament ainsi une démarche inédite, de grande ampleur, et pleine de promesses. Un véritable engagement, pour faire notre part dans l’urgence de la transition. Une aventure en faveur de villes réjouissantes et durables, qui nourrira par ailleurs notre ambition de devenir une entreprise à mission.  

*Lire l’article « La métropole ferroviaire, pivot de la neutralité carbone pour le Grand Genève »