Recyclage urbain : tout changer sans rien modifier

Dans le quartier des Hauts de la Croix d’Argent, à Montpellier, le bailleur Hérault Habitat fait un constat clair : son parc de 617 logements n’est plus en phase avec les envies d’habiter, ni avec une exigence de qualité d’usage et environnementale ; et coûte trop cher à réhabiliter. La quasi totalité des logements sera donc détruite (476). La fin d’un cycle, le début d’un autre, qui a vocation à durer au moins aussi longtemps : 60 ans, une génération d’habitants. Et un laps de temps où toutes les évolutions sont possibles. Dès lors, il nous faut à la fois composer avec l’existant, le reconvertir et projeter son devenir à l’horizon 2080 – tout en anticipant les évolutions qui ne manqueront pas d’arriver d’ici là. Sacrée boucle temporelle ! 

Le quartier, proche du centre-ville, à proximité d’équipements structurants (écoles, maison pour tous,…), desservi par le tram et des bus est également situé à distance de marche du parc Montcalm et du nouveau quartier de l’EAI, en plein développement. Le paysage y est l’atout majeur, avec de beaux espaces arborés, mais sans qualité d’usage réelle. L’impact visuel du stationnement vient par ailleurs parasiter les espaces libres et les pieds de bâtiments, créant une relation « dure » de la ville à chez soi.

Plus qu’un projet de démolition / reconstruction, il s’agit donc de poser les bases d’une douceur de vie en ville, connectée à son environnement, en phase avec les besoins et les envies d’habiter d’aujourd’hui et de demain.

Schéma de l’existant / Schéma du projet (c) Passagers des Villes

Puisque nous ne savons pas encore prévoir l’avenir, le moins que l’on puisse faire serait de ne pas le graver dans le marbre, au risque d’obérer toute capacité d’évolution. La durabilité sera donc ici, en lien étroit avec le Manifeste de Montpellier pour une ville écologique et humaniste, synonyme d’adaptabilité permanente. Pas de révolution mais bien une vision prospective au service de règles fortes, qui rendent possibles les suites. Ainsi, nous posons des principes clés pour un quartier agréable et résilient :

  • Tous les arbres en bonne santé doivent être conservés ou compensés par 2 arbres. Ils constituent l’identité du secteur et offrent fraîcheur et perméabilité dans la ville méditerranéenne, soumise aux épisodes de grande chaleur et de fortes pluies. Le quartier bordé d’un parc devient ainsi un quartier dans le parc.
  • La trame viaire se développe dans l’emprise de l’existant pour éviter les surfaces imperméabilisées supplémentaires, voire réduire l’imperméabilisation des sols. Tout mètre carré imperméabilisé doit d’ailleurs être rendu. 
  • De la même façon, toutes les constructions à venir devront se faire dans les emprises existantes. Ce qui représente un défi puisque le programme vise la construction de 300 logements en plus des 476 reconstruits pour reconstituer l’offre d’Hérault Habitat.
  • Les stationnements seront mutualisés au maximum et seront soumis à une tarification liée à l’usage et non à la propriété. Tous les stationnements créés doivent par ailleurs être accompagnés de possibilités de mutation.
  • Les rez-de-chaussées sont prévus pour être de 5,5 de hauteur sous plafond sans gaine, afin de permettre des occupations diverses au cours du temps.
  • Enfin, la majorité des logements doivent proposer des systèmes évolutifs : volumes capables, plateaux nus, …

A la Croix d’Argent, nous dessinons le portrait d’une ville dont on accepte, avec envie, le recyclage permanent plutôt qu’une ville avec date de péremption !

Le mieux c’est encore d’écouter Humbert David (directeur de Passagers des Villes ) et Christophe Perez ( directeur de la SERM) en parler : vidéo à découvrir ici

Fiche technique :

  • MOA : SA3M pour le compte de Montpellier et de Montpellier Méditerranée Métropole
  • Equipe MOE : Passagers des Villes – Coloco – Egis
  • Programme prévisionnel des travaux : 8,5 M€
  • Surface : 10 ha