Les dessous de la rue de la Ré

Intemporelle la rue de la République ? Oui, mais… Rue impériale de son premier nom sous Napoléon III, elle a su résister c’est vrai, aux changements de régime, à l’assassinat d’un Président de la République et s’adapter aux évolutions de la ville, accueillant notamment le métro. En plein coeur de Lyon, reliant la place Bellecour à la place Louis-Pradel, piétonne sur une vaste portion, elle demeure l’un des axes les plus empruntés de l’agglomération. Le dernier réaménagement date de 1995, signé par Alain Sarfati. Depuis, pas de retouches si ce n’est quelques rustines.

C’est d’ailleurs là le sujet : de petits détails, petits mais nombreux, viennent altérer la lisibilité générale de la rue de la République et de la place Louis Pradel, qui ne sont finalement plus en conformité avec les usages. Ainsi piétons, vélos, voitures, bus et désormais trottinettes électriques cohabitent avec peine par endroits, notamment au niveau des carrefours. Matériaux dégradés, hauteurs de trottoirs, signalisation des carrefours, autant de « réparations » à faire pour ajuster, poursuivre l’adaptation de la rue aux urbains d’aujourd’hui, voire de demain.

Le projet – mené avec Artelia – porte sur la rue de la République et la place Louis Pradel et ne remet donc pas tout en cause mais permet une intervention juste, en finesse, là où les besoins se font sentir. Une intelligence de ville : ne pas défaire pour refaire, mais réparer pour rallonger la durée de vie de l’espace public.

Il nous faut clarifier les usages et les flux, quand la voiture a tendance à se réduire au profit des modes actifs, quand la ville devient de plus en plus souvent festive, appropriée mais confrontée aux risques terroristes et quand on se prépare à l’arrivée du véhicule autonome. Nous portons ainsi une attention importante à la sécurisation des traversées pour donner la priorité aux piétons tout en mixant les usages : du mobilier qui puisse servir à s’asseoir, faire du skate et séparer les espaces, par exemple…

Exemples de la précision de notre intervention : les arbres ayant poussé, les racines se font encombrantes. Il nous faut donc repenser les fosses d’arbres et les rehausser pour laisser la place aux racines, sans dénaturer le rapport à la rue. Autre illustration : les joints de dilatation existants sont invisibles, ce que l’on ne sait plus faire aujourd’hui. Il nous faut donc trouver une solution avec les techniques actuelles. Pas si simple de faire à l’identique, cela demande finalement une grande inventivité !

Car effectivement, le diable est dans le détail : trouver les matériaux adéquats – identiques ou suffisamment proches de l’existant – esthétiquement comme pratiquement pour conserver voire retrouver l’esthétique initiale et mettre en valeur le patrimoine. Tout en pensant aux usages en temps de pluie, pour les PMR, les poussettes, les skaters – notamment sur la place Louis Pradel – les cyclistes. Jouer la carte de la qualité visuelle de haut niveau, qui supporte les nombreux usages et les nombreux passages, qui sécurisent tous les usagers.

Nous sommes ainsi partis sur le terrain, visiter la carrière espagnole où est produit le granit blanc cristal pour suivre le trajet de la pierre jusqu’à sa pose, les travaux ayant commencé au mois de mai pour durer jusqu’au début de l’année 2020.

Et c’est bien là le deuxième défi majeur du projet : les travaux en site occupé – voire sur-occupé tant la circulation piétonne est dense et les événements (dont les manifestations) nombreux – demandent un phasage précis, une rapidité d’intervention et une sécurisation hors du commun. Heureusement que le chantier est situé aux pieds de l’agence !