Le Livron, clap de fin

Le 24 octobre dernier, les espaces publics rénovés du quartier du Livron ont été inaugurés en grande pompe par la Ville, l’agglomération et en présence des bailleurs, pour marquer la fin de l’ANRU 1. Et évidemment, révéler la qualité nouvelle du quartier, transformé par l’agence. 

Le quartier du Livron bénéficie de nombreux atouts : de beaux arbres, des pelouses, une belle vue sur le Salève,  un très bel espace en coeur de quartier. Un potentiel jusqu’à présent peu exploité, puisqu’avec ses 415 logements répartis sur un îlot de 4,8 ha isolé du reste de la commune, le secteur fonctionnait jusqu’à aujourd’hui en vase clos. Espaces indifférenciés, absence de limites public / privé, importance visuelle et fonctionnelle de la voiture, très grandes ruptures topographiques (15 mètres de nivelé!), vieillissement des voiries, trafic au pied des tours… les espaces extérieurs étaient au coeur des dysfonctionnement vécus par les habitants au quotidien. 

Le projet proposé par Passagers des Villes et ses partenaires (Artelia, LEA, Cabinet Colloud et BE Brière) vise à créer un véritable parc urbain, ouvert à différentes pratiques, apaisé, en lien évident avec son environnement immédiat. Un lieu de quiétude et d’usages, un espace vert actif et doux, à l’échelle de la ville. 

Pour ce faire, nous avons établi une série de principes forts, permettant de redonner une structure autant qu’une qualité visuelle et d’usages. 

  • Le « fil rouge » : un chemin qui parcourt l’ensemble du quartier qui, en jouant avec la topographie, le rend entièrement accessible pour les PMR . 
  • Un coeur d’ilôt comme un parc, accessible par une multiplicité de cheminements qui constituent désormais de vraies promenades. Les jeux d’enfants et le terrain de sport offrent une activité accessible à tous, renforçant la sécurité dans le quartier par la co-présence.
  • Une réorganisation du stationnement pour l’affecter aux immeubles et éviter les effets de shunt à l’intérieur du quartier.
  • Une forme de résidentialisation douce, sans fermeture : les espaces deviennent dédiés, la végétation basse permet un marquage visuel efficace.
  • Une attention forte portée aux enjeux environnementaux : désimperméabilisation des accès aux garages par des pavés enherbés, maintien des beaux sujets d’arbres, consignes données aux entreprises pour adapter le tracé des cheminements aux arbres à conserver, gestion des eaux pluviales par un bassin de rétention paysager. 

Des moments d’échanges avec les habitants ont par ailleurs permis d’ajuster nos propositions. Par exemple, un toboggan installé dans la pente s’est révélé une source de nuisance sonore et a été enlevé. Le terrain de sport situé dans le parc est resté fermé, contrairement à notre intuition initiale, pour maîtriser les jets de ballons intempestifs. La disposition des bancs dans le quartier a également été soigneusement étudiée pour éviter le bruit aux pieds des immeubles, sur la recommandation des habitants. 

Charge à nous de les convaincre, à l’inverse, sur la gestion de la tranquillité : la résidentialisation ouverte a pu éveiller des craintes ou de la méfiance. Mais, guidés par nos différentes expériences – notamment à Rilleux-la-Pape (quartier du Mont Blanc), où les aménagements vivent bien depuis près de 10 ans – nous faisons le pari de limites public / privés non closes mais franches et lisibles, à l’aide de plantation et de revêtements. Au vu des premiers usages enthousiaste, le pari semble aujourd’hui réussi.